Namaste,
Aller au Népal sans marcher sur les pentes de l'Himalaya ne nous semblait pas concevable.
Avant de partir à l'aventure, nous commençons par quelques préparatifs : achat de carte, des permits d'entrées pour le parc national, des vêtements chauds et un raccommodage des chaussures de Mathilde auprès d'un petit cordonnier croisé dans les rues de Katmandou. Nous partons ensuite en bus pour Besisahar, point de départ du mythique trek du «Tour des Annapurnas».
C'est à 16h que nous arrivons à destination avec la ferme intention de marcher 1 ou 2h avant de trouver une auberge, afin de ne pas dormir dans cette ville bruyante et poussiéreuse. Une fois sortis du bus, nous commençons à sentir quelque gouttes de pluie, le temps d'acheter des bananes et ce sont des trombes d'eau qui s'abattent sur la ville. Après plusieurs tentatives de départ, avortés par la reprise de la pluie, nous renonçons et passons notre première nuit sur place. Le lendemain matin au réveil, la pluie calmée la nuit, repart de plus belle avec orage, éclairs et ciel menaçant. Nous commençons sérieusement à nous demander si ce n'est pas déjà la mousson qui pointe le bout de son nez avec plus de trois semaines d'avance? Mais le temps de nous préparer, la pluie se calme, pour ne pas réapparaître pendant nos 19 jours de marche. Ouf!
Nous randonnerons six jours pour effectuer la première portion du trek, entre Besisahar (820 m d'altitude) et Manang (3540m). Le chemin passe par de nombreux villages verdoyants, perchés dans la montagne, entourés de cultures en terrasses (maïs, riz, pomme de terre...). Nous y croisons la journée les locaux travaillant leurs terres en papotant. Les soirs, nous nous arrêtons dans l'auberge d'un de ces villages, toujours accueillis chaleureusement par les habitants.
Le sentier que nous empruntons est le même que le chemin quotidien des népalais. C'est ainsi que nous croisons chaque jours les enfants en chemise bleu sur la route de l'école, des bergers et leurs troupeaux, les adultes rentrant des champs un grand panier dans le dos porté avec une sangle sur la tête...
Les ambiances sont également imprégnées de la religion Boudhiste tibétaine, prédominante dans la vallée. Nous trouvons dans chaque villages, mais aussi au beau milieu de la montagne, de nombreux moulins à prière, des murs-mani (constitués de pierres gravés d'inscriptions bouddhistes), des stupas d'où volent multitude de drapeaux tibétains... Nous avons d'ailleurs eu un midi le droit à la prière de notre aubergiste. Une fois notre repas servis, la voila qui s'installe à côté de nous égrenant son chapelet et récitant pendant près d'une demi-heure ses prières chantantes.
Au cours de ces six jours nous longerons la même rivière, parfois au lit très étendus, parfois tumultueuse au milieu des roches encaissés qu'elle a creusée ; sans compter les multiples cascades s'y déversant. C'est ainsi que chaque jour nous avons un ou plusieurs pont de singe à traverser, pour le plus grand plaisir de Mathilde!
De l'autre côté de la rivière, une route remonte également la vallée. Enfin «une route» est un grand mot, une piste pour motos et 4x4. Ces derniers sont généralement bien chargé en marchandises et en personnes entassés à l'intérieur. Tant et si bien que nombreux sont ceux qui finissent sur le toit ou à l'arrière du véhicule, à s'agripper pour quelques heures de rodéo à flanc de montagne. Ce doit être un spectacle bien impressionnant et chaotique! Puis le 5ème jour, la route s'arrête au pied d'un pont de singe, seules quelques motos peuvent poursuivent leur trajet, ainsi que les troupeaux de mules transportant les marchandises nécessaires aux villages d'altitudes.
Plus nous montons, et plus nous trouvons les images et spectacles que nous imaginions de l'Himalaya. Les villages ont plus de caractères : leurs maisons de pierre, aux toits plats en terre battu, et à l'échelle de bois sculpté dans un demi tronc permettant d'y accéder, nous transportent dans le temps. Les habitants en vêtements traditionnels ont la peau marqué par l'altitude. Nous pouvons imaginer par les visages ridés des personnes âgées, le poids des hivers rudes passés, et les heures à l'air de la montagne sous le soleil brulant de l'altitude.
En parlant d'altitude, c'est le matin de ce cinquième jours que nous apercevons pour la première fois le sommet enneigé d'un des Annapurnas (le 2 pour commencer), sous un ciel bleu sans nuages. Puis le lendemain, nous arrivons à Manang, village-objectif de cette première partie de trek. C'est ici que nous prévoyons de prendre un peu de temps pour nous reposer et de laisser le temps à notre corps de s'acclimater à l'altitude. En effet, nous sommes déjà à 3500m, mais quelle étrange sensation lorsque nous regardons autour de nous. Les sommets nous surplombant du haut de leur 7000-8000 mètres, nous semblent encore bien inaccessibles, et nous donne l'impression de n'être qu'aux pieds des montagnes!!!
Nous profitons de trois jours à Manang pour des découvertes gustatives : la viande de Yak! Il faut dire qu'on était végétarien depuis le début de l'Inde (question d'hygiène alimentaire), alors cette expérience nous a fait doublement plaisir! Nous avions déjà goûté le fromage de Yak à Kathmandou, de même, ça faisait bien longtemps que l'on avait pas mangé du «vrai» fromage! Merci le Yak! Nous profitons également du temps libre pour marcher jusqu'à quelques points de vue aux alentours et faire de nombreuses partie d'échecs sur notre mini jeu!
Puis, assez de repos! Il est l'heure de repartir, encore plus haut, bien plus haut!
Nous commençons par un petit détour pour parfaire notre acclimatation et quittons le chemin du «Tour des Annapurnas» pour deux jours. Objectif, le lac Tilicho, un des lac d'altitude les plus élevé au monde semble t'il. Lors de la première journée nous commençons par traverser quelques villages et croisons nombreux locaux à crus sur leurs petits chevaux. Puis l'après-midi se fait plus rude, les autochtones sont maintenant les Blue-sheep (sorte de chamoix himalayens), les yaks et leurs bergers... Le chemin vient ensuite traverser des pierriers abruptes, au milieu de concrétions rocheuses impressionnantes. Cela donne lieu à un certain nombre de passages vertigineux, avant de nous permettre d'atteindre le camp de base du lac. L'auberge se situant au fin fond de cette vallée reculée de tout, à 4150m d'altitude, offre une salle commune des plus conviviale. Beaucoup de monde s'y retrouvent : randonneurs, guides et porteurs, tous à jouer aux cartes, à discuter autour d'un thé ou un plat chaud, des porteurs tassés dans une alcove sont même plusieurs assis sous la même couverture à rigoler et offre un spectacle très fraternel... Nous ne tardons pas à rejoindre cet espace commun pour profiter de l'ambiance et de la chaleur humaine, le froid commence sérieusement à se faire sentir. Quelques minutes plus tard, nous sommes tous derrière les vitres à observer une tempête de neige, qui dépose un beau manteau blanc sur le paysage environnant.
Le lendemain matin, réveil aux aurores pour l'ascension du lac Tilicho. Nous commençons à grimper, les paysages alentours sont saupoudré d'une fine pellicule blanche, qui leurs donnent un charme tout particulier. Le chemin alterne entre passage dans le brouillard et vue plus ou moins dégagée. Apercevrons nous quelque-chose en haut? Rien n'est moins sur. Nous commençons sérieusement à ressentir les effets de l'altitude. Il n'est plus question de chantonner ou de discuter en marchant, aligner cinq pas nous demande déjà un souffle monstre. Alors que notre corps, d'un point de vue musculaire, pourrait partir en footing ; notre souffle tourne court au bout de quelques mètres. L'allure est lente, et l'accélération clairement impossible! Puis nous arrivons sur un replat, accueillis par un ciel bleu et un paysage d'altitude recouvert d'une bonne couche de neige, dans laquelle nous nous enfonçons parfois jusqu'aux genoux. Les monts aux alentours sont magnifiques! Nous marchons une quarantaine de minutes avant d'atteindre le lac à 4990m d'altitude, lui même gelé et recouvert d'une fine pellicule blanche. C'est un peu déconcertant de se dire que l'on est plus haut que le Mont-Blanc! Nous restons quelques temps à admirer le paysage mais le vent glacial nous fouettant le visage nous invite à ne pas nous éterniser! Nous redescendons tranquillement, prenons le déjeuner au camp de base et revenons sur nos pas de la veille afin de regagner le chemin principal du «Tour des Annapurnas».
Les deux jours suivant nous semblent moins rudes : un peu moins haut, un peu plus chaud. Nous retrouvons donc une faible végétation et les petits villages typiques. Un village en ruine, notamment nous marquera par son charme. Perché dans la montagne, il se trouve peuplé de nombreux animaux. Aucun être humain n'y habite plus mais ce sont les chèvres, yak, et autre vaches qui pointent le bout de leur nez à l'embrasure des portes! D'autre part, la sortie du village s'ouvre sur un grand plateau offrant un point de vue à couper le souffle sur tous les monts enneigés amentours, Annapurnas et autre Lamjung!
Les soirées au coin du feu se poursuivent, dans des auberges plus petites, avec des moments plus intimistes. En altitude les forêt se faisant plus rares, le feu n'est plus toujours alimenté en bois, mais c'est parfois autour d'un feu de bouse de yak séché que l'on se réchauffe! Nous rencontrons au cours de ces moments Félix et Dominique, deux étudiants allemand ; François un québécois passionné de montagne, d'une vingtaine d'année de plus que nous ; et l'Autrichien et sont yukulélé qui fait danser les enfants népalais! Nous nous retrouvons avec plaisir de soirée en soirée pour partager quelques discussions et parfois notre repas.
Depuis plusieurs jours nous apercevons de nombreux Népalais, perchés à des endroits improbable dans la montagne, dans des zones hors des sentier, nous paraissant inaccessible. Mais tout ces locaux ne sont pas là pour rien, certains croisés au détour d'un chemin nous on parlés de leur recherche de l'or Himalayen : ce trésor mi chenille, mi champignon, sortant de terre aux alentours de 4000m d'altitude après la fonte des neiges est très recherché dans la médecine chinoise. En effet ce viagra naturel Himalayen (le yarchagumba) entraine entre Mai et Juin une grande course à celui qui trouvera le meilleur spot de récolte et la création de nombreux camps d'altitude. Chaque pousse pouvant être vendu jusqu'a 10$ l'unité (une fortune pour un Nepalais), il constitue le principal revenu de nombre de famille Népalaises vivant en altitude.
Après tous ces jours de marche, nous arrivons au pied de la dernière montée avant le passage de notre plus haut col. Cette ascension se divisera en deux jours. La première après midi, nous grimpons une partie très raide, à flanc de montagne pour atteindre le camp d'altitude ou nous passeront la nuit ... à 4850m.
Arrivés à l'auberge, nous passons notre dernière soirée en haute altitude, à la hauteur du Mont Blanc avec nos compagnons de route. Une bonne nuit réparatrice, nous prépare pour l'épreuve du lendemain.
Réveil au petit matin, nous observons le soleil apparaître sur les montagnes enneigées et leur donner un aspect rosâtre magique. Tout a gelée pendant la nuit et le froid est piquant...entammer la montée nous réchauffe tranquillement. Seul nos poumons et notre souffle haletant guident le rythme de nos pas, au beau milieu de paysages lunaire, de roche, de pierrier et de neige. En effet, à cette altitude, chaque mouvement est un grand effort et il est très frustrant de ne pouvoir avancer à son rythme. Autour de nous les sommets de 6500m et tous ces glaciers nous entourant nous semblent à quelques enjambées, mais c'est sans compter la lenteur des déplacements à cette altitude. Nous n'apercevons pas le col de loin, il est caché derrière une succession de petites buttes qui tour à tour nous donnent de faux espoirs. Nous sommes suivis de près par un couple d'anglais à l'accoutrement original : ils sont en shorts. Ils avaient regardé la météo avant de partir (environ dix jours plus tôt) qui prévoyait du très beau temps. C'est vrai que pour un passage de col nous avons beaucoup de chance, le ciel est incroyablement bleu, pas un nuage ne cache les monts alentours. Mais quand même, à plus de 5000m on était content d'avoir tout l'attirail hivernal pour se couvrir!
Après quelques heures d'ascension nous voila enfin au col de Thorung La, point culminant du trek à 5416 m d'altitude! L'ambiance y est sympatique, bien que chacun pense à ne pas trop trop tarder pour aller retrouver son souffle un peu plus bas. Chacun se raconte le vécu de la montée, François le québécois boit ses quelques goûtes de rhum gardé pour fêter l'occasion, d'autres passent des heures à faire la pause photo devant le panneau du col... Nous profitons de l'instant, puis partons pour la redescente et le découverte de cette nouvelle vallée. Une longue pente désertique nous attend, entourée de monts au couleurs particulièrement rouge. Au bout de quelques heures, nous apercevons des villages, îlots de verdures au milieu de la rudesse de la roche. Ainsi que Muktinat la ville ou nous passeront la nuit. Nous comprenons rapidement qu'un retour à la civilisation nous attend : motos, 4x4, poussières et klaxons nous accueillent; les auberges ressemblent plus à des immeubles qu'à des petites maisonnttes en pierres... Mais il y a du bon dans ce retour à la civilisation : ce soir, ce n'est pas un baquet d'eau glaciale qui nous attend, mais une douche chaude!
A Muktinat nous décidons de couper une partie du circuit, où la route est confondue avec le chemin de randonnée. Nous commençons donc par une matinée secouante dans un 4x4. Puis l'après-midi un bus nous permettra d'atteindre la ville voulue. L'ironie du sort voudra que nous vivions une histoire indienne au milieu du Népal. Arrivé a Jomson en 4x4, nous nous informons de l'heure du bus pour notre prochaine destination. Il est dans 3h et nous devrons faire un changement. Nous nous posons quelques temps auprès du guichet, puis nous décidons de partir à pied renonçant à attendre 3 heures. Nous sommes alors hellé, nous avons un bus de suite direct pour notre destination, on nous fait monter dans un 4x4 pour rejoindre notre bus. Nous atterrissons dans un bus réservé, remplis exclusivement d'Indien en pèlerinage. En effet, la nouvelle vallée dans laquelle nous sommes est un lieu de pèlerinage tres fréquentés par les hindous et les boudhistes. En peu de temps de bus, nous nous rappelons à quel point «l'Inde» est bruyante, agitée mais aussi colorées, généreuse et curieuse. On se verra ainsi offrir un snack aux saveurs très épicées. Nous seront aussi l'attention de nombreuses questions dont les réponses sont traduites en Hindi à l'attention de tous les occupants du bus. Une d'entre elle les fera beaucoup rire. Il nous demandent si l'on habite dans une grande ville en France. On leur répond que oui et on leur donne le nombre d'habitants. Celui-ci correspond au nombre d'habitant de la ville de Gujerat, considéré comme une ville de petite/moyenne importance en Indes. Nous ne nous affranchirons pas de la traditionelle séance photos avec une partie des voyageurs. Un voyage...finalement bien sympatique, mais bien fatiguant et quel retour a la réalité après quinze jours dans le calme des montagnes.
Nous arrivons le soir à Tatopani, au milieu d'une magnifique vallée toute verte, bordée d'une forêt équatoriale très dense. Aussi improbable qu'il soit, hier nous marchions avec des bonnets sur la tête, ce soir nous dinerons en terrasse. L'air est humide et chaud, et oui, nous sommes redescendus à 1190 m d'altitude. Il nous reste trois jours de marche avant la fin de ce grand trek. Le premier sera peu efficace, le temps de se réhabituer à la chaleur, surtout que nous avons choisis de commencer la journée avec une visite aux sources termales du coin : de quoi se ramolir pour la journée! Ces trois jours alternent entre des belles forêts primaires et des villages au milieu de multiples jardins en terrasses, nous y observerons les récoltes du blé à la serpe et le tris des grains sur des plateaux en bambous tressés. La plupart du chemin est constitué d'escaliers en pierres d'un charme incontestable, mais un peu moins charmant pour les jambes. Nos mollets se souviennent encore de la dernière descente!
Au point culminant de ces trois jours, Mathilde se réveille à 4h du mat' pour gripper à la lampe de poche sur la colline de Gorepani. Cela lui permettra d'apercevoir une dernière fois les Annapurnas, lors d'un tranquille levé de soleil sur l'Annapurna 1, l'Annapurna Sud et le Dhaulagiri. Pendant ce temps Julien plus feignant ce matin la en écrase pour deux. Il y a du monde en haut, mais rien à redire, cette peinture matinale est magnifique!
Au final ces vingts jours nous aurons conduit au milieu d'une diversité déconcertante de paysages! Des vallée verdoyantes, aux parties désertiques, des forêt de pins, aux sommets marchant dans la neige, des forêts tropicales, aux magnifiques canyons...et on en passe! Et on ne parle pas de l'accueil toujours aussi chaleureux et souriant de ses autochtones.
De retour à Pokara en fin de journée, après notre dernière marche, nous essuiyons une pluie diluvienne et nous arrivons à notre auberge trempés jusqu'aux os ... cela se répétera les jours suivants ... Il semblerait que cette fois la mousson soit bien arrivée. Nous nous offrons dans cette ville touristique quelques jours de repos avant de re-sauter dans un bus en direction ... de l'Inde! Et oui, ce gigantesque pays, même après deux mois nous a laissé sur notre fin. Alors on y retourne un peu avant le retour en Europe, laissant les chevaux de Mongolie et le train de Russie pour des découvertes futures, dans d'autres voyages...!















